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ACTUALITES DE LA PROFESSION

Interview exclusive de Christian Charrière-Bournazel


Au 1er janvier 2008, Christian Charrière-Bournazel, 61 ans, prendra la tête du Barreau de Paris. Une mission qu’il sait à haute responsabilité, notamment en ces temps d’actualité judiciaire chargés.


Christian Charrière-Bournazel
Christian Charrière-Bournazel
Fils d’avocat, avocat vous-même depuis 1973, Membre du Conseil de l'ordre (1986-88) et du Conseil de la concurrence (depuis 2001), Vice-président (depuis 1999) de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), que représente personnellement pour vous cette élection au Barreau de Paris ?

Je reçois cette élection avec beaucoup de joie et de gratitude, mais aussi avec la conscience de l’énorme charge et de l’importance du service auquel je suis appelé. Je suis moins obsédé par la satisfaction d’avoir été élu que par l’idée d’en être digne. Il y a toujours une dimension un peu narcissique dans une candidature: on aspire à être préféré et reconnu. Mais à quoi bon un plaisir de vanité si on n’est pas à la hauteur de la confiance qu’on vous a manifestée ?

J’aborde donc les deux années qui viennent avec beaucoup de sérieux, une grande volonté d’accomplir le service qu’on attend et une certaine angoisse. Heureusement, le Bâtonnier est entouré de membres du Conseil de l’Ordre au dévouement exceptionnel et d’un personnel important qui lui-même ne cherche qu’à bien faire ce qu’on lui demande. Ce n’est pas une fonction solitaire, heureusement ! Ce n’est pas l’exercice d’un pouvoir, sûrement pas. Simplement, chacun à son tour prend place dans la chaine de ceux qui l’ont précédé et de ceux qui lui succéderont pour ajouter modestement ses propres pierres à l’édification de la notre maison commune.

Le 1er janvier, vous serez à la tête du Barreau de Paris. Que souhaitez-vous insuffler à votre bâtonnat ?

Avant tout, je souhaite insuffler à ce barreau le bonheur d’être avocat en rappelant toujours ce qui fait notre identité : nous exerçons une profession de services dans le droit, que notre activité soit judiciaire ou juridique. Nous sommes indépendants, même si nous exerçons comme avocats salariés. Nous sommes tenus au secret professionnel le plus absolu qui protège les intérêts de nos concitoyens et leur droit à une relation de totale confiance avec un confident nécessaire.

Nous sommes intransigeants sur le conflit d’intérêts. Enfin, nous sommes désintéressés, ce qui signifie que s’il est légitime que nous puissions gagner notre vie le mieux possible, nous ne sommes pas les associés de nos clients ; nous ne sommes pas en affaire avec eux.

Cette conscience aiguë de ce que nous sommes doit nous rendre forts. Appuyés sur une déontologie rigoureuse, nous devons résister à la banalisation de notre profession qui n’est pas une profession de marchands de droit soumis seulement aux règles de la concurrence comme n’importe quels prestataires de services et, demain, obligés, comme les banques par exemple, de dénoncer nos clients dès que nous soupçonnerons que les constructions juridiques pour lesquelles ils sollicitent notre concours sont peut-être destinées à recycler un argent illégal. La rigueur commande qu’on refuse de se prêter à une opération douteuse, sous peine d’en répondre devant les tribunaux correctionnels et le Conseil de discipline.

Mais notre indépendance, pilier de la démocratie, nous interdit de devenir des indicateurs obligés de la puissance publique. L’avocat n’est ni un complice, ni un corbeau.

Carte judiciaire, aide juridictionnelle, réformes judiciaires… l’actualité est dense. Dans quel état d’esprit abordez-vous votre prochaine mission ? Quels seront vos principaux chevaux de bataille ?

Pour ce qui concerne la carte judiciaire, l’aide juridictionnelle et les réformes judiciaires, le gouvernement ne doit rien entreprendre sans que les partenaires que nous sommes aient été préalablement consultés.

Sur le sujet de l’aide juridictionnelle : malgré l’augmentation récente et modeste de l’indemnisation, elle est très mal rémunérée. Des cabinets d’avocats sont en grande difficulté économique. Si la solidarité est notre honneur, il n’est pas juste que le poids en devienne parfois insupportable. Aucune autre profession n’est tenue de fournir ses services ou ses produits dans des conditions économiques pénalisantes.

Sur tous ces sujets, rien ne peut se faire sans que la profession ait été consultée, écoutée, traitée en partenaire nécessaire et non comme un fardeau. Mais des sujets tout aussi importants méritent tous nos efforts comme l’installation des jeunes avocats.

Désormais, ils peuvent prêter serment dès qu’ils ont obtenu le CAPA sans avoir à justifier d’un contrat de collaboration. Comment vont vivre ces jeunes avocats, sans expérience et sans clientèle ? Avec quoi vont-ils payer le prix d’un bureau et d’une installation minimale pour commencer à travailler ? Le Barreau de Paris va créer une première pépinière, immeuble composé de bureaux individuels, non affectés, où les jeunes avocats pourront, en fonction de leurs besoins, venir recevoir leurs premiers clients ou accomplir à la tâche des vacations pour d’autres confrères. Des salles de réunion y seront prévues où l’on dispensera de la formation continue en procédure, en rédaction d’actes, en déontologie.

Cette solution transitoire, qui ne devra pas excéder deux ans, leur permettra de commencer une activité tout en recherchant une collaboration qu’ils n’auront pas trouvée dès leur prestation de serment. Pour permettre la montée en puissance du jeune barreau, je cherche à mettre au point un système de caution permettant au plus grand nombre d’emprunter la somme nécessaire pour financer le prix d’une année universitaire aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne ou ailleurs. Les plus chanceux peuvent emprunter avec la caution de leurs parents. Ceux qui n’ont pas derrière eux une famille suffisamment aisée, le pourront avec ce système de caution accordé par l’Ordre en partenariat avec des banques. Pour les préparer, l’Ecole de Formation du Barreau va développer l’apprentissage des langues juridiques et leur permettre d’aborder la profession avec une compétence adaptée à une ouverture sur le monde.

J’entends également, à partir du code de déontologie commenté réalisé sous le bâtonnat d’Yves Repiquet, entreprendre la réalisation d’un véritable dictionnaire permanent avec feuilles mobiles et mises à jour régulières. Un ouvrage semblable va être mis en chantier concernant nos honoraires. Nous allons doter le Barreau d’un instrument permettant à chacun de calculer le coût de son cabinet, de déterminer la juste rémunération qu’il entend recevoir et de lui proposer des modèles de conventions soit au taux horaire, soit au forfait, avec éventuellement un honoraire de résultat dont le calcul et l’exigibilité doivent être extrêmement précis.

Je souhaite également que le plus grand nombre possible d’avocats de Paris puisse accueillir bénévolement pendant six mois les meilleurs jeunes juristes et futurs avocats issus des pays francophones de l’ancien empire colonial français pour leur permettre de parfaire leur formation avant de retourner exercer chez eux le droit romano-germanique dont nous devons être fiers et que nous devons défendre.

Voilà quelques axes précis d’actions que je souhaite entreprendre, quitte à les voir achever par mes successeurs pour celles d’entre elles qui demandent du temps.

Comment envisagez-vous votre future collaboration avec le CNB ?

Je tiens à l’unité de la profession. Il y a un barreau français, même si la pratique professionnelle n’est pas la même dans des zones rurales que dans des zones urbaines.

A Paris déjà, de multiples façons d’exercer coexistent. Nous devons donc travailler tous ensemble à l’unité, sans laquelle nous perdons de notre force. Le Barreau de Paris est présent au sein du CNB à travers des avocats parisiens élus sur des listes individuelles ou syndicales et aussi par ses délégués ordinaux qui ont pour mission de porter au sein du CNB la parole du Conseil de l’Ordre de Paris. J’entends donc travailler de manière étroite avec eux pour qu’avant chaque discussion du CNB sur un sujet d’intérêt général, le Conseil de l’Ordre de Paris ait pu prendre une position qui sera relayée au sein du CNB de façon que nous parlions d’une seule voix.

Pour autant, le Barreau de Paris a sa spécificité et ne renoncera pas à s’exprimer sur des questions particulières ou sur un sujet fondamental et à marquer, le cas échéant, sa différence. La recherche de l’unité ne signifie pas l’effacement du Barreau de Paris. Les personnalités si diverses qui le composent lui ont assuré depuis longtemps un rayonnement qui le rend attirant, comme en témoignent tous les cabinets d’origine étrangère qui ont choisi de s’y installer. Paris doit donc demeurer une métropole juridique attractive grâce à ses avocats et remplir une place d’exception, aussi bien par sa contribution à l’économique, que pour son assistance aux individus et pour sa défense partout dans le monde des libertés fondamentales et des droits de la personne humaine.


Dimanche 25 Novembre 2007

     


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